Je ne sais pas si vous avez remarqué ?
C’est dur de trouver des infolettres féministes quand on ne les connaît pas déjà.
Il y a quelques semaines, j’avais envie d’étendre mes horizons alors j’ai lancé une petite recherche Google… et je suis tombée sur quelques articles de presse féminine qui citaient une poignée de références.
Toujours les mêmes.
Le pire ? Une bonne partie d’entre elles étaient obsolètes : elles n’existaient plus, ou pas en français.
Ça peut sembler anecdotique, mais ça ne l’est pas.
Alors que les idées fascistes ne cessent de grignoter le débat, c’est un enjeu politique crucial que notre langage, nos analyses circulent le plus possible.
Et qu’on dialogue dans notre diversité. Car oui, à l’intérieur du féminisme, contrairement à l’idée que s’en font les Jean-Michel Fachos, il y a énormément de points de vue différents, d’expériences du monde.
En plus, cette situation amplifie la starification, à savoir notre focalisation excessive sur quelques noms très connus.
Ce n’est pas bon pour nos luttes, ni pour les personnes starifiées — un piédestal, c’est fort étroit, et ça n’autorise pas le moindre faux pas.
Alors je me suis dit que j’allais créer un annuaire des infolettres (et blogs) féministes francophones.
Pour découvrir de nouvelles voix, mettre un pied en dehors de notre mini-bulle de filtre.
J’ai donc compilé les blogs et infolettres que je lis, ainsi que celles qui m’ont été recommandées par mon réseau quand j’ai posé la question.
Milles mercis à toutes les personnes qui ont gentiment pris le temps de me répondre, vous m’avez super aidée !
Mon focus principal était bien l’infolettre et le blog, mais j’ai aussi inclus plusieurs revues et médias indépendants dès lors qu’ils étaient, au moins partiellement, accessibles en ligne.
Je peux témoigner du fait que : ça fonctionne vraiment.
En m’abonnant à quelques nouvelles infolettres, je me suis mise à découvrir, de proche en proche, plein d’autres autrices dont je n’avais jamais entendu parler, et développent des idées qui me secouent les neurones.
Mission accomplie.
L’annuaire est dispo ici :
A ma grande surprise, ce travail m’a plongée dans des interrogations existentielles :
Fallait-il organiser les réfs en catégories (genre “parentalité”, “santé mentale”…) ? Mais c’était réducteur, beaucoup de titres traversent plein de thèmes.
Signaler quand leur auteurice n’est pas une personne cis-het-valide-blanche ? Je pense qu’on a particulièrement besoin d’entendre ces voix-là, souvent silenciées. Mais j’aimais pas l’idée de me retrouver à “ficher” les gens sur la base de leur photo de profil et des infos que j’ai par ailleurs ;
Indiquer leur nombre d’abonnées ou leur date de création ? Mais j’avais pas envie de reproduire la logique de “les plus connu·es et installé·es chopent tout le trafic” ;
Prévenir chaque auteurice avant de l’intégrer dans l’annuaire ? Mais avec plus de 100 références, ça allait devenir impossible à gérer pour moi.
Et surtout, SURTOUT, arrivée au terme de ce travail de fourmi, j’ai pris conscience d’un risque que je n’avais pas anticipé.
Rassembler plein de noms de féministes dans un endroit public
= une liste facilement détournable par des personnes mal intentionnées.
D’autant plus que beaucoup d’auteurices donnent leur nom complet.
Peut-être que vous me trouvez parano, mais si vous lisez les news et suivez ce qui se passe actuellement aux Etats-Unis, vous savez à quel point le fichage est une réalité, et la priorité de tout régime fasciste.
Puis le nombre de personnes cyberharcelées chez les féministes est juste… dingo.
En ayant la liste sous les yeux, j’ai eu l’impression très désagréable d’avoir méchamment facilité le travail à qui voudrait nous identifier et nous emmerder.
Après avoir considéré la possibilité de tout supprimer, voici ce que j’ai fait :
Un tableur tout simple, avec juste les infos essentielles et déjà publiques.
Pour limiter les risques que ces noms tombent entre de mauvaises mains :
les noms ne sont pas “en dur” dans cet article, mais uniquement dans le tableur, sur lequel j’ai plus de contrôle ;
Il n’est pas autorisé de faire de copie de la liste ni de la télécharger — par contre, vous pouvez partager le lien du tableur avec toustes vos copain·es ;
Elle sera accessible pendant les 30 prochains jours, jusqu’au 3 mars. Ensuite, je la dépublierai. Je la rendrai disponible de nouveau dans le futur (avec encore plus de réfs, j’en suis sûre), et je vous en informerai ici.
C’est un compromis entre la nécessité de faire circuler nos idées, et le danger de nous exposer de façon permanente à tous les vents du World Wide Web.
Pourquoi j’utilise le tableur de Google (aka SATAN) et pas une alternative libre ?
Paradoxalement, les tableurs partagés “libres” que je connais ne permettent pas la suppression ou le masquage des données (!). Et ça me paraît nécessaire de maîtriser quand cette liste est accessible ou non.
Tu as les compétences techniques, l’énergie et le temps pour faire mieux et t’en occuper de façon autonome ? Contacte-moi <3
Le mode d’emploi :
1) parcours la liste ;
2) quand tu tombes sur une description qui t’interpelle, clique sur le lien ;
3) puis clique de nouveau sur le lien qui s’ouvre juste en dessous, et abonne-toi :)
Tu peux aussi faire une recherche par mot-clé avec un CTRL+F : si la description de l’infolettre contient le mot cherché, elle va ressortir.
Je précise qu’il ne s’agit pas des “infolettres préférées de Louise Morel”.
Je ne lis pas toutes ces infolettres.
Il manque une référence ?
Pour proposer de nouvelles références à cet annuaire des infolettres féministes, il suffit de remplir ce petit formulaire, ça prend 2 minutes :
La référence apparaîtra alors dans l’onglet “Soumissions” du tableur.
Par féminisme j’entends : émancipation des femmes et des personnes sexisées, de toutes les femmes et personnes sexisées, donc évidemment pas de “féministes” transphobes ou racistes ou islamophobes ou putophobes, je sais que je peux compter sur vous.
Faites-le rapidement : pour toutes les raisons données, je dépublie la liste le 3 mars.
Message important aux auteurices de newsletter :
Si vous figurez dans l’annuaire des infolettres féministes et que vous voulez en disparaître : écrivez-moi.
Je m’en occuperai aussi vite que possible, promis.
(jesuislouisemorel at gmail point com)
A l’inverse, si vous êtes déçu·e de ne pas voir la vôtre :
je vous comprends, c’est désagréable de se sentir pas invitée à la boum (je le dis premier degré, je déteste quand ça m’arrive et ça m’arrive souvent) ;
ne voyez pas dans votre absence un geste délibéré et malveillant : il n’y a pas de message caché, je suis juste une autrice en pyjama, un poil fatiguée ;
il suffit de remplir le formulaire pour rejoindre l’inventaire.
Cet austère travail de recensement, qui exige précision et patience, n’est pas du tout un genre dans lequel j’excelle.
Ça m’a pris des plombes et j’ai eu très envie de hurler.
S’il vous plaît, rendez ce truc utile.
Allez dénicher d’autres voix, d’autres idées.
Et faites tourner — aux personnes de confiance, avant le 3 mars.
P.-S. : trop long, pas lu ?
J’ai créé un annuaire des blogs et infolettres féministes.
Pour protéger les personnes qui en font partie, je ne le publie pas directement en ligne et il ne sera accessible que pendant 1 mois.
Pour accéder à l’annuaire :
Pour compléter l’annuaire :
Si tu fais partie de l’annuaire et tu veux que je t’en enlève : écris-moi à jesuislouisemorel at gmail point com



Merci Louise ! Pour ce travail d’archivage et de circulation si précieux et pour la mention de Chimères !
Merci Louise pour cet énorme boulot et pour ces réflexions sur ce que lister des allié·e·s implique 💪💛