Vendredi dernier, j’ai participé à un événement autour de la traduction allemande de mon essai, Comment devenir lesbienne en 10 étapes.
C’était dans un théâtre, à Munich.
En compagnie de la rappeuse allemande Ebow, qui est notamment l’autrice de l’inoubliable chanson Lesbisch.
“Alle Pretty Babes sind lesbisch”, VOILA le genre de phrases qui m’incite à apprendre l’allemand.
J’ai passé un excellent moment.
Parler de gouinerie entre gouines, c’est l’une des choses les plus douces au monde. Tout le monde est content d’être là et un profond respect règne, même pas quand on n’est pas complètement d’accord.
Mais un truc m’a fort surprise : on n’a pas lu le passage où je raconte ma première fois avec une fille.
C’est l’une des premières rencontres où je ne lis pas ce texte, au point où je me suis fait la remarque : “tiens, pas cette fois !”
Et cet extrait n’est pas anodin.
Pour tordre le cou à l’idée selon laquelle “entre meufs, tout est si naturel et simple” (LOOOOOL), j’y explique que j’étais un mauvais coup.
Oui oui : un. mauvais. coup.
Donc ça fait 4 ans que régulièrement,
dans divers lieux,
devant plusieurs dizaines d’inconnu·es,
je lis un texte où je narre avec force détails à quel point j’ai déçu la première meuf avec qui j’ai couché.
En me comparant à un rhinocéros.................
J’estime avoir une certaine dose d’autodérision, mais quand même, parfois je me dis :
POURQUOI J’AI ÉCRIT UN TRUC PAREIL ???
Et en fait, je sais – très précisément – pourquoi j’ai écrit un truc pareil.
Parce que c’est le fait de me montrer vulnérable qui rend ce livre puissant. Qui crée une relation de confiance entre la lectrice et moi.
Qui lui dit : je te promets que je n’essaie pas de me faire passer pour quelqu’un que je ne suis pas.
Qui fait échapper le texte à la généralité, c’est-à-dire à la banalité, pour restituer mon expérience vécue, dans sa vérité… et son ridicule.
D’ailleurs, ça n’est pas un hasard si cet extrait, qui est l’un des plus intimes du livre, est aussi celui qui est le plus fréquemment retenu en lecture publique (sauf vendredi dernier, donc).
C’est bien parce qu’il fonctionne, à la fois sur le plan littéraire et sur celui de l’argumentation.
Mais je sais aussi – tout aussi précisément – où je me suis arrêtée et pourquoi.
Il y a certaines expériences, dans le domaine sexuel mais pas uniquement, que je n’ai pas racontées dans ce livre.
Soit parce que je voulais me protéger ou protéger mes proches, soit parce que j’estimais qu’elles n’avaient pas énormément d’intérêt pour les autres : même si ça me faisait plaisir, à moi, de raconter tel ou tel truc, ça ne voulait pas dire que ç’aurait été utile aux lectrices.
Un exemple : les sexparties, c’est-à-dire des espaces festifs où il est possible d’avoir du sexe avec les personnes présentes, ont joué un rôle important dans ma sortie de l’hétérosexualité. Mais j’ai conscience que ce n’est pas le chemin de la plupart des gens, et ça ne me paraissait pas pertinent d’en faire des tonnes là-dessus — pas parce que j’en ai honte, simplement parce que ça ne servait pas ce livre-là.
Ce sont aussi des questions que j’ai dû me poser dans le cadre de l’écriture de mon troisième livre, Je dis la vérité, qui sortira dans quelques petites semaines.
C’est un roman, pas un essai, ni une autofiction, mais finalement les mêmes sujets reviennent :
Jusqu’où je vais dans le dévoilement de mon intimité pour servir le texte et les lectrices ? Qu’est-ce que je veux dire, même si c’est cru, dérangeant, risible ? Qu’est-ce que je dois taire, et pourquoi ?
Et je reçois très souvent des questions autour de ce sujet.
Posées par des femmes qui veulent écrire à propos de leur expérience intime (un livre, une infolettre…) mais qui se sentent empêtrées.
Elles ne savent pas comment faire pour que ça respecte leurs limites et que ce soit intéressant pour d’autres personnes.
Alors je me suis dit que j’allais vous préparer une masterclass sur ce thème :
Comment écrire à partir de soi, pour les autres ?
Elle se tiendra le 17 février prochain, de 18h à 19h30.
Pour vous mettre l’eau à la bouche, voici quelques-unes des questions qui m’ont été posées pleiiiiin de fois et auxquelles je vais essayer de répondre le plus honnêtement possible :
Comment écrire à partir de soi sans être dans le simple “journal intime” ?
Comment trouver la frontière entre ce qu’on raconte et ce qu’on garde ?
En particulier, que faire de la peur que les proches nous lisent ?
Comment raconter des choses lourdes sans que ça devienne trop glauque ?
Comment se préparer aux critiques quand on parle très intimement de soi ?
Comment se protéger soi-même quand l’écriture fait plonger dans des souvenirs difficiles ou traumatiques ?
Comment être sûre que ça intéressera d’autres gens ?
Je m’appuierai à la fois sur des références théoriques, mais aussi et surtout sur ma propre expérience d’autrice et d’accompagnante à l’écriture : puisque je suis spécialisée en écriture de l’intime, ce sont des questionnements qu’on aborde très souvent avec les autrices que j’accompagne.
On aura plein de temps pour répondre à vos questions et discuter, parce que je sais que chaque situation est unique, et que vous aurez sûrement des points très spécifiques à aborder.
Il y aura bien sûr un replay, qui sera accessible pendant 2 semaines (pas plus, parce que sinon il va prendre la poussière au fin fond de ton ordi, tmtc).
Si vous avez déjà un abonnement premium au Grain, vous n’avez rien à faire : cette masterclass est incluse dans votre abonnement.
Vous recevrez automatiquement le lien Zoom pour vous connecter et le replay après la masterclass.
Elle remplace, pour le mois de février, l’atelier mensuel (j’avais annoncé une masterclass surprise dans le programme, c’est elle !).
Pas encore premium ?
Il suffit de prendre un abonnement annuel avant le 17 février, et vous recevrez automatiquement le lien Zoom pour vous connecter.
Si vous êtes allergique aux abonnements et/ou à la plateforme Substack, vous pouvez aussi prendre votre place à l’unité, juste ici : je réserve ma place à l’unité.
Si le sujet vous intéresse et que vous avez des questions particulières, n’hésitez pas à m’écrire (il suffit de répondre à cet email) pour me le dire, j’essaierai de les inclure dans la masterclass.
J’ai hâte de vous y voir.
La petite joie de la semaine, c’est la performance du chanteur portoricain Bad Bunny au Superbowl américain.
Je crois qu’une des façons de résister à notre anesthésie généralisée, c’est de cultiver la joie.
Alors chaque mardi, je vous raconte quelque chose, quelqu’un, un moment précis qui m’a conduite à me sentir vivante.
Comme vous le savez, aux Etats-Unis, les agents de l’Agence ICE “Immigration and Customs Enforcement” traquent les immigrés, qui sont détenus puis déportés.
Dans ce contexte, le fait qu’un chanteur comme Bad Bunny, c’est-à-dire une personne latina, performe dans l’événement ultra-américain et hypermédiatisé du Superbowl, c’était déjà remarquable.
Et en plus, son show a été magnifique, et s’est terminé sur les mots : “seguimos aqui”, on reste ici.
Face aux fachos de tout crin, oui, ON RESTE ICI.
Et j’en profite pour rappeler que, si l’ampleur et la violence des opérations ICE sont particulièrement choquantes, la politique dont ces actions découlent n’est malheureusement pas propre aux Etats-Unis : en France aussi, on enferme et on traque les personnes qui viennent, au péril de leur vie, chercher une vie meilleure.
Bref, j’ai chialé toutes les larmes de mon corps devant le petit écran de mon vieux PC.
Des larmes de gratitude et de joie.
(Au passage, merci à mon amoureuxe qui a lourdement insisté pour qu’on regarde la performance alors que j’étais en mode “noooon flemme je dois aller bosser”).
Et vous, votre petite joie de la semaine, c’était quoi ?
Dites-nous en commentaires.
Et si vous ne connaissez pas Bad Bunny, découvrez-le avec ce post :
P.-S. : trop long, pas lu ?
J’organise une masterclass “Comment écrire sur soi, pour les autres ?”.
Elle se tiendra le 17 février de 18h à 19h30.
Elle s’adresse aux gens qui veulent écrire à propos de leur expérience intime (un livre, une infolettre…) mais qui se sentent empêtrés par toutes sortes de questions.
Les abonnées premium recevront automatiquement le lien Zoom pour y participer.
Pour nous rejoindre :
Si vous êtes allergique aux abonnements et/ou à la plateforme Substack, vous pouvez aussi prendre votre place à l’unité, juste ici : je réserve ma place à l’unité.



Merci Louise pour la Masterclass j’ai hâte
J'aurais tellement être là, mais bien sûr, je serai en cours. Tristesse !