Qu'est-ce que ça change ?
Parler du Sénégal.
Aujourd’hui, j’avais prévu de vous parler de mon rapport à la procrastination.
Je lance bientôt une formation pour apprendre à écrire en autonomie, sans laisser la procrastination vous paralyser, et j’avais envie de vous expliquer pourquoi c’est un sujet qui me tient tant à cœur.
Mais quelque chose me pousse à écrire dans une autre direction.
J’ai décidé de m’appliquer le conseil que je donne en atelier d’écriture : ne pas prendre le temps de création comme un exercice scolaire, une consigne à respecter, mais comme un espace où ce qui doit être exprimé le sera, pour peu que vous fassiez confiance au processus, et à votre intuition.
Alors je vais suivre mon intuition et vous parler du Sénégal.
(Et si le sujet de la procrastination de l’écriture vous parle et que cette formation vous intrigue, patience, je vous promets que je vous explique tout la semaine prochaine).
Je ne vais pas vous parler du Sénégal “en général”.
Je vais vous parler de ce qui se passe au Sénégal, en ce moment, pour les personnes homosexuelles.
Et je pense vraiment que vous devriez prendre quelques minutes dans votre journée pour vous y intéresser.
Une loi a été adoptée au Sénégal, le 11 mars dernier, durcissant la répression des relations entre personnes de même sexe.
Elles sont désormais passibles de cinq à dix ans de prison, contre un à cinq auparavant.
Cinq à dix ans.
Je crois qu’on ne mesure pas.
Avant même que la loi ait été promulguée, une centaine de « suspects » avaient été arrêtés et 80 placés en détention.
La première condamnation est arrivée très vite : le 10 avril dernier, une peine de six ans de prison ferme a été prononcée pour un jeune homme qui a comparu sans défenseur.
Pourquoi sans défenseur ?
Parce que la persécution homophobe qui sévit est d’une telle ampleur que même les avocats ont peur de prendre la défense de ces clients-là.
Mais malgré son horreur, si on ne parle que de la loi, on passe à côté du sujet.
La répression dépasse largement le cadre légal qui lui a été donné.
Le vote de cette loi est un signal : allez-y, vous pouvez taper sur les queers.
Sur les réseaux, circulent des vidéos d’hommes passés à tabac, sous les encouragements de la foule.
Ameth Gaye, porte-parole du groupe Free Senegal, un réseau de défense des droits humains, explique la répression « touche non seulement les actes homosexuels, mais aussi l’expression et l’association pacifique autour de la communauté LGBT, dans des contextes privés ou publics. » (Source : site de l’Ardhis).
Interdiction d’exister, en somme.
Je dois vous avouer que j’ai peur de parler de ce sujet, car je sais ce qui se passe quand une personne blanche évoque, face à une audience majoritairement blanche, des violences homophobes commises par des personnes non-blanches.
A savoir : une interprétation raciste des faits consistant à prétendre que la haine homophobe est une sorte d’état arriéré dont les sociétés occidentales seraient dépourvues, et qui justifieraient leur supériorité.
On va donc le dire clairement : la haine anti-LGBT n’est pas le corollaire inévitable d’une couleur de peau, d’une religion, d’une géographie.
C’est une réalité socialement et politiquement construite.
C’est une réalité contre laquelle on peut lutter, partout où elle existe.
Par ailleurs, historiquement, les lois de répression visant les personnes homosexuelles et transsexuelles sont d’abord arrivées au Sénégal par l’empire colonial – même si le gouvernement sénégalais actuel s’appuie sur une rhétorique absurde selon laquelle l’homosexualité serait “importée” d’Europe.
J’ai peur de vous en parler aussi parce que je me sens terriblement impuissante.
Et je me dis : à quoi ça sert ? Qu’est-ce que ça change ?
Et puis pourquoi je parle du Sénégal, et pas du reste ?
Il se passe mille autres horreurs, ailleurs.
Mais récemment, Nathalie Sejean disait qu’envoyer ses pensées aux personnes qui souffrent, selon elle, oui c’était un acte qui avait du sens. Elle le disait dans le contexte de la guerre menée par Israël à l’encontre du Liban, où vivent ses proches, sous les bombes.
Alors je crois que c’est pour ça que je veux écrire là-dessus aujourd’hui :
simplement pour dire, je pense à vous, je pense à vous qui vivez ça.
Je pense à vous qui subissez directement la haine, je pense à vous qui avez été humilié·es, rejeté·es, frappé·es et poignardé·es.
Je pense aussi à vous autres, caché·es dans l’ombre, vous autres qui regardez et enregistrez : c’est mal, c’est mauvais, c’est méprisable, tue cette part de toi, fais-la disparaître si tu veux survivre.
Je suis triste, oui, mais aussi j’enrage.
J’enrage contre la réaction des autorités françaises, ou plutôt l’absence de réaction des autorités françaises.
Dans les articles de presse que j’ai trouvés sur le sujet, on lit que la France ne veut pas trop critiquer le Sénégal pour ne pas donner l’impression d’une ingérence politique, pour ne pas “crisper” (source : Sud Ouest).
Quelle hypocrisie.
Personne ne demande à la France d’attenter à la souveraineté du Sénégal.
(Chose que la France ne se gêne pas de faire quand il s’agit d’intérêts financiers et géopolitiques).
La France peut mettre en œuvre quelque chose de simple, sans empiéter sur la souveraineté de personne : le droit d’asile.
On peut tout à fait accueillir sur le sol français les personnes en danger dans leur pays.
Soit exactement le cas de figure pour lequel le droit d’asile existe.
(Alors, pour être honnête, je ne pense pas que le droit d’asile soit la merveille humaniste qu’on essaie de nous faire avaler.
Parce qu’essayer de distinguer entre des “bons réfugiés” qui ont une “bonne raison” de venir et de “mauvais immigrants”, c’est inhumain et idiot.
Je suis en faveur de la totale ouverture des frontières.
Mais il se trouve que le droit d’asile existe et qu’il serait facile à mettre en œuvre dans l’urgence, dans ce cas précis.)
Sauf que ce n’est pas ce qui se produit.
Tous les articles que j’ai pu trouver indiquent que les demandes ne sont pas traitées en priorité, que le danger de mort n’est pas pris en compte (Source : rfi, Le Monde, Sud Ouest).
Et les personnes sénégalaises LGBT continuent d’être refoulées aux frontières.
Alors voilà, je vous demande d’y penser. Je vous demande de ne pas oublier.
/// UPDATE ///
J’avais partagé le lien vers une cagnotte pour aider Free Senegal.
Mais la cagnotte a été désactivée.
J’avais bien fait un don, je ne partage pas de cagnotte quand je n’ai pas donné moi-même : elle a été désactivée juste après et je ne sais pas trop pourquoi.
C’est dommage !
Pour ne pas rester les bras croisés, on peut signer cette pétition de Paint pour demander l’octroi immédiat de visas au titre de l’asile pour les personnes LGBTQIA+ sénégalaises dont la vie est directement menacée :
Pour rester informé·e, le site de l’Ardhis, l’Association pour la défense des droits des personnes LGBTQI+ à l’immigration et au séjour, est bien fait.




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