Tu as besoin d’un projet
Et d’un C****.
On continue notre série sur la procrastination créative.
Après avoir défriché le “pourquoi on procrastine ?”, on est passé au “comment on s’en sort ?”.
La semaine dernière, on a parlé des 4 pieds de la table de la création : 4 piliers très différents les uns des autres, qui doivent être le plus solide possible pour qu’on puisse envisager la création artistique.
J’ai reçu plusieurs messages me demandant des conseils encore plus concrets et ça tombe bien parce que c’est le sujet du jour.
Mon premier conseil tout simple (mais efficace) : si vous procrastinez trop, vous avez besoin d’un projet.
Incise !
Plusieurs personnes m’ont demandé si je proposais un accompagnement à l’écriture centré sur la question de la procrastination.
La réponse est : OUI, youpi !
Je travaille depuis plus d’un an sur un programme pour les personnes qui veulent écrire mais n’arrivent pas à s’y mettre.
Les inscriptions ouvriront à la fin du mois. Les places sont limitées.
Si ça vous intrigue, tous les détails sont ici.
Par projet artistique, j’entends :
un but relativement clair,
défini dans le temps,
et surtout qui vous donne envie, qui vous excite pour de vrai.
En couture, ce serait par exemple, pour des débutant·es, coudre un sac simple dans une matière facile à manier, comme du coton.
En tricot, réaliser une écharpe avec de grosses aiguilles et un point simple.
En écriture, ça pourrait être préparer un zine sur un thème qui vous tient à cœur, ou bien écrire une nouvelle, ou encore trois poèmes.
Si on reprend notre modèle de la table et des 4 pieds, le projet permet de renforcer plusieurs piliers :
effort cognitif : on sait sur quoi on va travailler ;
effort organisationnel : le projet incite en général à réfléchir à un calendrier, à des modalités pratiques de réalisation ;
but motivant : le projet nous donne une bonne raison de nous y mettre car, j’insiste, on doit choisir un projet qu’on trouve vraiment chouette et excitant.
(Si tu as déjà un projet et que ça bloque quand même, continue de lire, il y a un deuxième élément très important, bien distinct du projet, que je développe juste après.)
Et ce que j’observe très souvent, c’est qu’en écriture, on croit pouvoir se passer de projet.
On croit qu’il suffit de ressentir un désir d’écriture pour qu’une pratique s’agence et qu’un manuscrit se structure.
Mais non.
Pour l’immense majorité d’entre nous, on a besoin de se donner un projet d’écriture. On a besoin que le désir se traduise en quelque chose de plus concret, de plus motivant, pour que notre pratique s’épanouisse.
Vouloir écrire sans se donner de projet, pour moi, c’est comme se mettre à tricoter au hasard en espérant que ça donnera un pull à la fin.
Donc, premier truc : vérifiez que votre pratique artistique est organisée autour d’un but relativement clair, défini dans le temps, et surtout qui vous donne envie, qui vous excite pour de vrai.
Un projet, c’est un excellent début, mais on a besoin de quelque chose d’autre : un cadre.
Si le projet répond à la question : “qu’est-ce que je vais faire ?”, le cadre répond à la question : “comment je vais le faire ?”.
Le cadre, ce sont les règles du jeu que vous vous donnez, soit : où, avec qui, quand ?
Le cadre, c’est aussi ce qui va permettre de gagner en sécurité émotionnelle. C’est tout ce qui entoure notre pratique.
Et pour les personnes qui ont un projet mais n’arrivent pas à avancer, c’est souvent ce qui coince.
A ce stade de l’article, j’ai très envie de vous abreuver de conseils pratiques sur “le bon cadre” mais je rencontre deux difficultés :
le “bon” cadre va dépendre non seulement de la discipline mais aussi de la personne qui pratique : pas de recettes miracles, ce qui convient à une personne ne convient pas à une autre, et même à l’échelle d’un individu, ça varie au cours du temps ;
il y a des cadres qui ont l’air bien sur le papier et qui sont en fait désastreux, comme le fameux “écrire tous les jours” dont je vous parlais la semaine dernière.
Ce que je peux dire, à partir de ma propre expérience d’écriture et de celle des personnes que j’accompagne, c’est que ce cadre est presque toujours composé :
de stratégies concrètes et matérielles,
de formation,
de collectif.
1) Des stratégies concrètes et matérielles :
Par exemple :
Un espace de travail agréable,
un outil de travail qui nous convient,
des rituels pour entrer dans l’écriture sans perdre 3 heures à chaque fois,
des rituels pour sortir de l’écriture au bon moment,
des éléments de langage pour répondre à nos proches tenté·es de nous interrompre ou de ne pas prendre notre pratique au sérieux…
2) De la formation :
Souvent, pour mener à bien notre projet, on a besoin d’apprendre, de se former.
Le problème avec l’écriture, c’est qu’on confond souvent le fait d’être alphabétisé avec la capacité à entreprendre un projet littéraire.
Or, dans nos sociétés, nous sommes certes presque toustes alphabétisé·es, mais ça ne veut pas dire pour autant que nous avons les outils pour écrire les textes que nous voulons écrire.
Ce n’est pas parce que tu sais marcher que tu peux entreprendre une randonnée en haute montagne seul·e, du jour au lendemain, sans préparation. Même si une randonnée consiste à marcher.
Et ce n’est pas parce que tu sais écrire que tu peux écrire un roman seul·e, du jour au lendemain, sans préparation. Même si écrire un roman consiste à écrire.
3) Du collectif :
C’est très rare de mener un projet artistique de bout en bout sans opérer la moindre circulation.
Savoir quand et comment faire intervenir d’autres personnes dans son processus créatif est une compétence aussi essentielle que délicate – parce que les mauvaises personnes, ou bien les bonnes personnes au mauvais moment, peuvent aussi abîmer très profondément votre projet et vos désirs artistiques.
Mais je vous en dis plus sur ce point précis la semaine prochaine, parce que c’est un sujet assez crucial pour mériter son propre article.
D’ici là, je suis très curieuse de savoir si cette histoire de projet et de cadre, ça vous parle.
Et si vous avez un projet créatif, ça pourrait être chouette de le partager en commentaire, peut-être en expliquant le cadre que vous vous donnez pour le réaliser.
Pour vous, c’est une façon d’inscrire votre désir dans la réalité, et pour nous, c’est un endroit où chercher de l’inspiration.
Toutes les disciplines artistiques sont bienvenues et ce n’est pas grave si votre projet ou le cadre est encore un peu flou à ce stade.
Cet article fait partie d’une série sur la procrastination.
Au programme :
les vraies raisons derrière la procrastination créative : les 4 piliers à mettre en place faire ce que tu aimes
les deux clés pour arrêter de procrastiner les choses qui te tiennent à cœur – l’article du jour
comment et quand faire appel aux autres pour sortir de la paralysie – à venir
A la semaine prochaine !



