Avant d’entamer l’article, je veux partager avec vous une super nouvelle : mon roman, Je dis la vérité, a été chroniqué dans Le Monde des livres – c’est le supplément livres du journal Le Monde, et une institution de la critique littéraire.
“Avec sa construction habile et son écriture protéiforme, Je dis la vérité questionne la nature des vérités intimes, la façon dont elles sont reçues quand elles sont dites par des femmes – qu’on a tôt fait de qualifier de menteuses ou de folles.
Surtout, face à l’autoritarisme et à sa langue étriquée, Louise Morel fait émerger des individualités auxquelles elle rend hommage en leur permettant d’abîmer le système de l’intérieur.”
Je suis très honorée et fière !
Un grand merci à Sophie Benard, la journaliste qui a rédigé cette chronique et beaucoup d’autres : elle effectue depuis plusieurs années, dans l’ombre, un gros travail de mise en avant des littératures féministes dans les colonnes de ce vénérable journal.
Le roman a aussi été sélectionné par Têtu dans les meilleurs titres queers du printemps. Merci à Laure Dasinières.
Et puis j’ai participé à un chouette podcast, Agapé et les autres, créé par Alice Murillo. On a parlé des raisons pour lesquelles le roman contient autant d’histoires d’amitié, c’était doux. L’épisode ne dure que 11 minutes, idéal si vous n’avez pas beaucoup de temps devant vous.
Si vous ne l’avez pas encore, obtenez facilement votre exemplaire du livre en cliquant juste ici :
Et maintenant, place à l’article du jour.
Diriez-vous que vous êtes drôle ?
Moi, j’accorde beaucoup d’importance à l’humour.
A mes yeux, c’est une partie essentielle de l’amitié et de l’amour : je veux qu’on rie ensemble.
Beaucoup.
Quand je rencontre quelqu’un et qu’on s’entend bien, mais qu’on ne rigole jamais tout à fait, qu’on ne glousse pas bêtement en se montrant des photos de chat, je sais qu’on ne deviendra jamais vraiment proches.
A l’inverse, quand j’ai croisé la route de la personne qui partage ma vie depuis maintenant presque sept ans, je l’ai tout de suite trouvée hilarante.
Ça reste un de ses traits de caractère que j’aime le plus au monde : iel me fait hurler de rire matin, midi et soir.
Et pourtant, j’exècre la forme d’humour la plus courante, la plus fréquente, j’ai bien sûr nommé :
“la blague”.
Vous savez, la petite histoire avec une chute censément surprenante, celle qui commence avec “en fait, c’est un type qui rentre dans un bar et qui…”.
Sincèrement, je déteste ça.
Lourd, long, sans intérêt, sans imagination, et une fois sur deux (je suis gentille) c’est raciste ou misogyne ou tout ça à la fois.
Fleeeeeeeeeeeeemme.
Sauf que, quand tu es une femme et que tu ne ris pas à une blague, l’homme qui l’a faite n’en déduit pas que sa vanne était pourrie – non, le problème, évidemment, c’est toi.
Tu manques d’humour ! Tu n’es pas drôle !!
Et moi, jusqu’à un certain degré, je me suis fait avoir et j’y ai cru.
Pendant longtemps, j’ai donc pensé que je n’étais pas drôle et que je n’appréciais pas l’humour.
Ça explique en partie que, quand j’ai écrit mon premier roman, Ressource humaine, j’ai laissé de côté tout humour.
Le livre est traversé par des pointes d’humour noir, mais le ton reste sérieux. Je crois que j’essayais inconsciemment de me conformer à ce qu’on attend d’un “vrai auteur”.
Et puis je suis devenue lesbienne.
Devenir gouine m’a conduite à passer beaucoup plus de temps avec des femmes.
(Car au-delà d’un changement de sexualité, devenir lesbienne c’est repenser la hiérarchie implicite de l’hétérosexualité, qui veut que la compagnie d’un homme blanc cisgenre vaille davantage que celle de tout autre.)
J’ai alors fait une découverte étonnante.
Quand on ne m’interrompt pas toutes les dix secondes et qu’on ne m’accuse pas d’être agressive dès que je défends une opinion…
en fait…
comme par magie…
moi aussi, je peux être drôle !
Rassurez-vous, je ne me suis pas mise à déblatérer des plaisanteries Toto. J’ai continué d’être moi, c’est tout.
J’ai alors compris que, pour faire rire, il faut avant tout que vos interlocuteurices vous offrent cette possibilité.
“On ne fait pas boire un âne qui n’a pas soif”, dit le proverbe paysan.
“On ne fait pas rire un homme qui a décidé que Le Blagueur c’était lui”, dit l’autrice gouine.
Quand j’ai commencé à travailler sur Je dis la vérité, c’était une évidence :
j’allais de nouveau écrire un roman, mais cette fois-ci, il serait DRÔLE.
Oui j’allais parler de notre rapport à la vérité et à la folie, de technofascisme et de luttes queers, mais j’allais le faire en donnant matière à ri-go-ler.
Pas seulement parce que ça rend le livre plus agréable à lire (même si c’est un chouette bonus, j’avoue), mais aussi et surtout parce que je voulais me réapproprier cet outil-là.
Je voulais me réapproprier l’humour.
Et franchement, je me suis tellement amusée en écrivant ce livre. J’y ai pris un plaisir fou.
J’avais peur que ce ne soit pas bien compris ou reçu : je ne sais pas si vous avez remarqué, mais la large majorité de la littérature francophone pour adulte est ultra sérieuse, et même volontiers tragique.
L’humour semble réservé aux livres pour enfants, ou bien aux romans dits “de gare”, à la “chick lit”, c’est-à-dire la littérature “de meuf” (littérature que j’aime énormément par ailleurs).
Mais tant pis pour le risque, j’ai choisi d’être drôle comme moi j’aime l’être, c’est-à-dire de façon ironique, avec beaucoup de tendresse et parfois un peu à côté de la plaque.
En faisant le pari qu’il y aurait, dans ce vaste monde, des gentil·les chelou·es à mon image qui sauraient apprécier cet humour et cette tendresse.
Ce qui me fait immensément plaisir, c’est que j’ai l’impression que ça marche.
Je reçois beaucoup de retours qui me disent que le livre est drôle, ce qui veut dire que le roman a trouvé son public.
Parce que, sachez une chose :
si vous aimez ce livre,
si vous le trouvez drôle,
alors vous n’êtes pas complètement du côté de la Norme.
Et ça, c’est une excellente nouvelle.
Maintenant, j’aimerais savoir : est-ce que vous-même, vous vous trouvez drôle ?
Est-ce un truc important pour vous ?
Racontez-moi en commentaires.
Cet article fait partie d’une série d’articles sur les thèmes abordés dans mon dernier roman, Je dis la vérité.
Au programme :
pourquoi c’est important de lire et d’écrire des romans, pas que des essais ;
Pourquoi je parle d’IA dans un roman féministe ? - celui-ci vous l’avez adoré ! merci pour cet enthousiasme
Pourquoi j’ai choisi d’écrire un roman plutôt joyeux, avec de l’humour, alors qu’il parle de thèmes sérieux et, par moments, de trucs durs — l’article que vous lisez
Si vous vivez en France, rentrez votre commune sur ce site et vous saurez immédiatement où commander le livre pas loin de chez vous.
Et si vous l’avez déjà, envoyez-moi une photo du livre chez vous, ça me fait trop plaisir de le voir dans tous ces environnements différents.
Ma petite joie de la semaine, ça a été de voir un écureuil grimper un arbre immense.
Je crois qu’une des façons de résister à notre anesthésie généralisée, c’est de cultiver la joie.
Alors chaque mardi, je vous raconte quelque chose, quelqu’un, un moment précis qui m’a conduite à me sentir vivante.
On était assis dans le jardin d’un·e ami·e où nous venions de planter de la lavande et des fraises. Soudain, un éclair roux. L’animal a bondi à quelques mètres et s’est élancé sur le tronc. Il montait et montait encore, jusqu’à nous donner le vertige. Il faisait bon, c’était doux.






Moi aussi je me suis souvent dit que je n'étais pas drôle ! Je me suis rendu compte que c'était lié à ce fameux "casse l'ambiance en soirée" et qu'en fait, quand on est en vigilance constante ("est-ce que la prochaine phrase que cette personne dit va être problématique ? comment je vais pouvoir réagir ?" etc.), c'est dur d'être drôle (et de rire...).
Mais dans les environnement "safe", alors là, qu'est-ce qu'on rit !
Avec mon amoureux on a créé le label NOQ pour approuver les blagues (Non Oppressive de Qualité) et ça nous fait déjà rire !
Bonjour Louise,
En effet, tu peux être fière de ces belles critiques sur ton livre !
Félicitations 🌸