Lisez des romans !
Ça me rend toute triste.
Je trouve ça MÉGA triste quand on me dit :
“Moi j’ai arrêté la fiction, je ne lis plus que des essais.”
J’essaie de maîtriser ma réaction mais ça me donne authentiquement envie de prendre la personne dans mes bras en lui demandant : “mais pourquoi ??? qu’est-ce qui s’est passé chaton ???? Viens, on va discuter”.
Et comme j’ai zéro poker face, je crois bien que ça se voit.
Ça me fait d’autant plus de peine que c’est souvent le cas de mes camarades féministes.
Nombreuses sont mes amies engagées dans les luttes progressistes qui lisent davantage d’essais que de fiction, voire quasi plus aucun roman.
Ça se reflète inévitablement dans les sorties de livres : il y a pleiiiin d’essais féministes qui sortent en ce moment, mais pas tant de romans articulés autour de thèmes ou d’une vision du monde féministe.
Je ne dis pas que ça n’existe pas du tout, évidemment (et heureusement !), mais j’ai l’impression qu’ils sont moins nombreux que les essais, ou alors qu’ils sont moins lus.
En tout cas, ils circulent moins dans mes cercles, ils sont moins discutés, moins mis en avant.
En ce qui me concerne, je vois passer de nombreux essais, quelques autofictions ou formes hybrides, un peu de poésie, et très peu de romans.
Je veux dire par là : je vois peu de livres pour adultes qui racontent des histoires inventées et le font dans une perspective ouvertement, tranquillement et explicitement féministe.
Et ça me paraît… méga triste, donc.
Parce qu’une histoire, un récit, ce n’est pas juste un truc divertissant pour oublier le merdier dans lequel on se débat.
Ça peut être, aussi, une façon de penser, de réfléchir.
Et de complexifier notre rapport au monde.
Dans un essai, chaque idée doit succéder le plus clairement possible à la précédente. L’ambiguïté est, la plupart du temps, à chasser.
On s’appuie sur une approche presque exclusivement rationnelle, logique, carrée : je choisis un thème puis je déroule mes arguments d’un point A à un point B.
Dans la fiction, c’est tout le contraire.
Quand on raconte une histoire, on laisse place à une approche émotionnelle, sensible, intuitive des choses.
On peut articuler différents thèmes, différentes idées. L’ambiguïté n’est pas seulement permise, elle est nécessaire.
Je crois que presque toutes les bonnes histoires comportent une part d’indécidable : quelque chose en leur cœur qui ne se laisse pas résumer par “oui ou non”, “pour ou contre”, “avec ou sans”, quelque chose de plus subtil et aussi, je crois, de plus vrai.
Ce qui ne veut pas dire qu’on ne peut pas porter de message politique en racontant des histoires
– OH QUE NON.
Au contraire.
Toute histoire porte en elle une vision du monde. Il n’y a pas de récit “apolitique”. Il n’y a pas de littérature “apolitique”.
C’est même assez dangereux, parce que les récits peuvent faire passer des idées ni vu ni connu.
J’imagine que ce doit être la première leçon de “La Propagande pour les Nuls” : raconte une histoire attirante où tu niches des valeurs merdiques, et tu feras passer tes idées nauséabondes sans souci.
Un peu comme quand j’enrobe le comprimé vermifuge que je dois faire prendre à mon chat dans une délicieuse pâtée.
(OK, les chats flairent l’arnaque et finissent toujours par cracher la pilule après avoir soigneusement léché la pâtée, donc ma comparaison ne tient pas trop.
Mais ça, c’est parce que les chats sont fort malins.
Les humains font preuve de beaucoup moins de subtilité. En général, on gobe les histoires qu’on nous raconte sans difficulté.)
Tout ça pour dire que les histoires sont très puissantes.
Elles construisent notre vision du monde, nos attentes, nos espoirs, d’une façon bien plus profonde qu’un raisonnement argumenté ne le pourra jamais.
Donc LISEZ DES ROMANS, LES GENS !
En particulier des romans qui vous aident à élargir vos horizons.
Je ne veux même pas forcément parler de “protopies”, c’est-à-dire des récits qui imaginent des futurs désirables.
Je veux juste dire, lire des histoires sous-tendues par un regard qui n’est pas cis-hétéro-blanc-masculin, où les personnages féminins ne se résument pas à “la maman et la putain”, où la morale de l’histoire n’est pas une variante cynique de “le plus fort gagne à la fin”.
Je suis convaincue que ça nourrit nos imaginaires bien au-delà de ce qu’on pourrait croire à première vue.
Vous pouvez aller piocher des références dans ce doc participatif, par exemple : il y a pas mal d’essais, mais aussi plein de chouettes romans.
Ou encore dans l’infolettre d’Alex Lachkar, Gouineries chaotiques, qui regorge de comptes-rendus de lecture de romans plus alléchants les uns que les autres, par exemple récemment, dans cet article.
Et c’est bien parce que je crois au pouvoir politique du roman que je suis retournée vers cette forme pour mon prochain livre, Je dis la vérité.
C’est un livre dans lequel j’aborde plusieurs thèmes qui auraient pu, en théorie, donner lieu à des essais.
Mais je voulais les traiter de façon sensible, incarnée.
Pour certains sujets, c’est facile de comprendre ce qui a guidé mon choix. Par exemple, le roman parle de harcèlement scolaire. Si vous étiez déjà dans le coin au moment où ce post a été publié, vous devinez sans doute pourquoi sans difficulté.
Mais pour d’autres thèmes en revanche, c’est sans doute moins clair. Par exemple, j’ai remarqué que le titre faisait se lever quelques sourcils perplexes : “je dis la vérité”. C’est quoi cette histoire de vérité ? En quoi ça nous regarde, nous les féministes ?
Alors je me suis dit que j’avais envie de vous les présenter, de vous expliquer pourquoi ce sont ces sujets qui structurent le roman, pourquoi je crois que c’est important et même urgent d’en parler, et d’utiliser la fiction pour les aborder.
L’idée, c’est de ne rien divulgâcher, et que ce soit intéressant même si vous ne comptez pas lire le roman tout de suite.
(Même si vous devriez VRAIMENT lire Je dis la vérité, parce que chaque fois que ce roman sera lu, ça me fera une explosion de joie. Voilà, c’est comme ça, les règles de l’univers en ont décidé ainsi. Après vous faites ce que vous voulez.)
Au programme des prochaines semaines :
pourquoi la question du mensonge et de la vérité me paraît un sujet féministe crucial – alors que ça peut paraître abstrait ;
Pourquoi le roman contient autant d’histoires d’amour et d’amitié ? On n’a pas mieux à faire que de lire des trucs sur des copain·es qui s’aiment, s’engueulent et se réconcilient ?
Pourquoi j’ai choisi d’écrire un roman plutôt joyeux, avec de l’humour, alors qu’il parle de thèmes sérieux et, par moments, de trucs durs.
J’en profite pour vous rappeler que Je dis la vérité sort tout bientôt : vous pouvez déjà précommander le livre auprès de votre libraire.
Si vous vivez en France, rentrez votre commune sur ce site et vous saurez immédiatement où précommander le livre pas loin de chez vous.
La petite joie de la semaine, c’était le grand ciel bleu du weekend.
Je crois qu’une des façons de résister à notre anesthésie généralisée, c’est de cultiver la joie.
Alors chaque mardi, je vous raconte quelque chose, quelqu’un, un moment précis qui m’a conduite à me sentir vivante.
Pendant longtemps, j’étais convaincue d’être hermétique à la météo. Je clamais à qui voulait l’entendre que le temps qu’il faisait n’avait aucune influence sur mon humeur.
Et puis j’ai déménagé à Berlin. Où l’hiver dure 8 mois. Où l’indice UV est à zéro. Où, en décembre, la nuit se couche à 15 heures.
Autant vous dire que je fais moins ma maline et que maintenant, moi aussi, je soupire d’aise quand un rayon de soleil me chatouille le cou.
Figurez-vous que ce weekend, à Berlin, il a fait très beau et même assez chaud. J’ai pu sortir sans avoir sur le dos mon sac de couchage portatif aka mon manteau, qui tient plus de la couette que du vêtement.
J’ai même mis des lunettes de soleil.
Vous imaginez ??? DES LUNETTES DE SOLEIL.
Je suis convaincue d’avoir bronzé. Laissez-moi rêver svp.
Et vous, votre petite joie de la semaine, c’était quoi ?
A la semaine prochaine, les copain·es !
P.-S : un roman féministe qui m’a bien plu récemment, c’est La Bonne Mère, de Mathilda Di Matteo. C’est drôle, plein de tendresse et pas donneur de leçon pour un sou.
P.-P.-S : j’ai un vague souvenir d’avoir lu une défense passionnée de la fiction et de sa puissance politique par Pauline Harmange, il y a déjà quelques années, mais malgré mes recherches, je ne retrouve plus le lien de son article — si quelqu’une voit de quoi je parle, dites-moi, j’ajouterai la réf !
P.-P.-P.-S : Si mon roman vous intrigue, pensez à le précommander dans votre librairie préférée — ça prend 2 min et ça envoie un signal crucial en termes de ventes. Ca m’aide beaucoup, l’univers vous le rendra assurément au centuple !!





Coucou !
Je suis typiquement cette personne qui a arrêté de lire des romans et ne lit que des essais🫣
Mais je me force à participer à un petit club de lecture et ma dernière lecture de roman a été .. « La Bonne Mère » 😉et c’était bien ..
Tu as raison, je vais revoir cette mauvaise habitude !!
Oui oui les romans et la fiction !!! Je lis plein de romans ados et c'est une vraie mine de récits alternatifs. Je me suis tournée vers la SF écrite par des femmes aussi, comme Becky Chambers, un peu moins la fantasy parce que c'est moins ma came mais quand même (bizarrement j'ai plus aimé le genre quand j'ai moins lu de mecs ahah). Vive le roman, ce sera toujours ma forme pref et refuge ❤️